C’est difficile de parler au passé de quelqu’un qui vous a voué respect et admiration tout le temps. Oui, j’ai les doigts lourds, à l’idée de rédiger des mots à l’endroit de Mme Imane Rayess, la veuve de Nady Rayess, tous deux mes patrons.
D’abord Nady Rayess qui, après l’obtention d’un prix sectoriel aux Ébony, le prix qui consacre les meilleurs journalistes de Côte d’Ivoire, m’a félicitée et encouragée à continuer sur cette lancée de l’excellence.
Des encouragements et conseils qui m’ont assez galvanisé au point de me permettre de décrocher le super Ébony en 2011.
C’est la première fois que le Groupe Olympe, singulièrement L’inter, remportait le super Ébony, raison de la grande joie de Nady Rayess.
Très fier de cette distinction, il a fait de moi cheffe du service ÉCONOMIE du journal L’inter.
Sa joie aura été de courte durée, puisque le 2 janvier 2012, Nady Rayess a été arraché à l’affection de sa famille biologique et de sa famille professionnelle.
Depuis cette date, sa veuve, Imane Rayess, prend les choses en mains.
À la rédaction, chaque fois que cette veuve éplorée me voyait, je Lui rappelais le souvenir de son époux. Je recevais d’elle des mots d’affection: «Irène, tu es ma préférée. Tu as rendu mon mari heureux, grâce à ton prix. Il garde un souvenir merveilleux du Groupe Olympe», ne cessait pas de dire Imane Rayess chaque fois qu’elle me rencontrait à la rédaction.
Je me souviens comme si c’était hier, à la veille de mon voyage sur les États-Unis, elle m’a fait appeler au bureau de sa secrétaire personnelle pour me donner la somme de 50 dollars pour l’achat d’un manteau. Voilà la question qu’elle m’a posé avant de me remettre l’argent: «Irène, est-ce que tu as un manteau, parce qu’il fait très froid en cette période de l’année. Prends cette somme pour t’acheter un manteau, afin de lutter contre le froid».
N’est-ce pas un cœur sensible qui peut penser à votre bien-être et mieux-être, en toute situation? Imane Rayess avait un cœur d’or.
Comme n’importe quelle personne, Imane Rayess connaissait aussi la solitude. C’est une femme qui avait aussi souvent envie de parler, de s’ouvrir aux autres. Cette facette de Imane Rayess, je l’ai aussi expérimentée.
Un matin, il était à peine 7 heures du matin, lorsqu’elle est arrivée au bureau. Je sortais de la salle du petit-déjeuner, lorsque je suis tombée à pic sur elle, dans le couloir des bureaux de L’inter. Elle m’a posé cette question: «Irène, ta réunion de rédaction commence à 8 heures? Est-ce que tu peux venir à mon bureau?». Très rapidement, je cours à son bureau. Je me retrouve devant une femme qui s’ouvre comme un livre à moi. Je découvre là, une autre facette de ma patronne. Oui, Mme Imane Rayess avait aussi besoin de parler aux autres. Ce jour-là, ma patronne m’a parlé de son enfance qui n’a pas toujours été facile. Elle m’a même fait cette révélation : « Je suis issue d’une famille modeste, mais mon mari a fait de moi une reine ».
Imane, tu as été une reine déterminée à assurer la pérennité du Royaume laissé par ton défunt mari. Tu t’es battue comme tu pouvais pour préserver des milliers d’emplois.
Tu as eu des moments de faiblesse, tu as connu des difficultés, tu as souvent trébuché.
A bout de souffle, tu as été obligée de te résigner face à certaines situations.
Le 17 avril 2022, jour de la résurrection du Christ, tu as choisi de vivre ta Pâques en restant au tombeau. Que dis-je ? A peine au tombeau, tu es ressuscitée avec le Christ, ce même Dimanche 17 avril 2022, consacrant la célébration de la Pâques.
Ce vendredi 22 avril 2022, après la levée de corps à Ivosep de treichville, le car de transport qui devait nous envoyé au cimetière de Williamsville pour ton enterrement a refusé de démarrer. Tout simplement parce que tu ne t’y trouve pas.
Je resterai toujours dans le couloir d’Olympe Média à attendre que tu apparaisses pour me dire que je te rappelle le merveilleux souvenir de ton mari.
ADIEU, Imane Rayess.
Que DIEU t’accorde une place de choix dans son paradis céleste.