Dormir moins de six heures favorise les accidents cérébraux, selon une nouvelle étude. Ce n’est pas le seul méfait d’un sommeil trop court. Revue au moment du Congrès américain sur le sommeil, à Boston. Nous avons perdu une à deux heures de sommeil par jour en un siècle. Et aux Etats-Unis, 30% des gens qui travaillent dorment moins de six heures. C’est trop peu. En effet, le manque de sommeil augmente le risque d’accident vasculaire cérébral chez les personnes d’âge moyen et chez les seniors. Et la limite est justement fixée à moins de six heures, selon une étude comprenant plus de cinq mille six cents personnes suivies sur trois ans, présentée au congrès des spécialistes du sommeil à Boston. La recherche concerne des personnes de poids normal et sans autres facteurs de risque. Le manque de sommeil constituerait-il une menace pour la santé? Explications de José Haba-Rubio, médecin associé au Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil (CIRS) au CHUV à Lausanne. Le manque de sommeil à lui tout seul constitue-t-il un facteur de risque pour les accidents vasculaires cérébraux? José Haba-Rubio: C’est ce que montre l’étude américaine présentée à Boston. Ces résultats vont dans le sens d’autres études reconnues, qui montrent que le manque de sommeil augmente le risque d’accidents cardiovasculaires, ainsi que celui de diabète et d’obésité. C’est également le cas des gens qui dorment trop – plus de neuf heures – mais l’effet est moindre. Il faut au moins dormir sept à huit heures, si l’on excepte les rares individus, moins de 5% de la population, capables de concentrer leur sommeil. Comment explique-t-on l’effet toxique du manque de sommeil? On ne sait pas exactement, mais il y a quelques hypothèses. Le sommeil favorise le système parasympathique qui permet une mise au repos de l’organisme en baissant la fréquence cardiaque, la tension artérielle. Pour rester éveillé, nous devons au contraire hyperstimuler notre système sympathique, ce qui élève la fréquence cardiaque et la tension artérielle. Ce phénomène expliquerait l’effet néfaste du manque de sommeil sur le système cardiovasculaire. On sait aussi que le manque de sommeil provoque une résistance à l’insuline et augmente donc le risque de diabète. Enfin, un sommeil trop court favorise la prise de poids. Ne brûle-t-on pas des calories supplémentaires pendant les insomnies, ce qui devrait nous faire maigrir plutôt que grossir? Non, car le manque de sommeil modifie l’équilibre métabolique, en particulier le fonctionnement de deux hormones qui contrôlent l’appétit, la ghréline et la leptine. En conséquence, le manque de sommeil pousse à manger et, de plus, de façon déséquilibrée; en privilégiant sucres et produits hautement caloriques. Ce n’est pas très étonnant. Les centres du sommeil et de l’alimentation sont très proches dans le cerveau. Ils sont situés dans l’hypothalamus, le cerveau primitif, où se trouvent les fonctions les plus fondamentales. Est-ce véritablement dangereux de ne pas dormir? Absolument. Sur le court terme, on pense que 10-20% des accidents de la circulation sont dus à l’endormissement. Et de nombreux accidents de travail surviennent également en raison du manque de sommeil. Et sur le long terme, il y a le risque cardiovasculaire… Voilà qui va angoisser les insomniaques et les empêcher encore plus de dormir! Il est vrai que l’angoisse, l’anxiété, le stress, jouent un rôle très important. De manière étonnante, l’insomnie est rarement le premier motif d’une consultation. Or il est tout à fait possible de trouver un traitement adapté. Si possible en évitant les somnifères car ils ne procurent pas un bon sommeil. Ils entraînent des risques de dépendance, et ne traitent que les symptômes. Au CIRS, nous privilégions l’approche cognitivo-comportementale. Le patient applique une série de règles comme se réveiller toujours à la même heure, ne pas faire la sieste, réserver le lit au sommeil et à l’activité sexuelle, le quitter si l’on ne dort pas, s’exposer à la lumière du jour le matin. Le sommeil est un rythme, il faut le retrouver.