Le cyber ou en forme longue « cybercafé » est un espace dédié où l’on se connecte à internet. Dans la forme, aller au cyber n’est point mauvais. Toutefois, un cybercafé situé dans les encablures des établissements secondaires peut être à la base de l’échec scolaire d’un élève.
Port-Bouët (Abidjan), un cybercafé situé à moins de 50 mètres d’un établissement secondaire privé dans le sous-quartier de Gonzagueville. Dans cet endroit, un élève de 5è selon le gérant du cyber est un habitué des lieux. « C’est l’un de mes meilleurs clients. Quand il vient, il peut prendre au moins cinq heures » s’exclame G.N, tenant de l’espace. Interrogé, l’élève fait savoir que l’enseignant de service sera absent ce jour. « Tonton, notre éducateur dit que le professeur d’Anglais ne sera pas là aujourd’hui. C’est pour cela que je suis venu au cyber » précise-t-il. Peu de temps après, il est rejoint par plusieurs élèves d’autres classes.
Il est bon de savoir qu’un élève du secondaire dispose d’un emploi de temps bien précis. Si l’enseignant de la première heure n’est pas présent, l’apprenant, soucieux de sa réussite scolaire devrait tout de même rester en classe pour bosser les matières dont les enseignants seront présents. C’est ce que confie une dame, vendeuse de jus. « Ecoutez Mr, je suis fatiguée de les chasser. Je leur dis aller reviser leurs cours. Je leur dis aussi que leurs parents savent qu’ils sont venus à l’école et non au cyber. Le peu d’argent que les parents vont leur donner, au lieu d’acheter de la nourriture, c’est pour aller au cyber. Quand tu leur demandes ce qu’ils font là-bas, ils te disent qu’ils font des recherches. Comme moi aussi je ne suis pas allée trop loin à l’école, je ne dis plus rien » confesse Ahou Blandine, la gorge nouée.
Elle ajoute par ailleurs qu’elle s’est disputée avec le gérant du cyber qui l’accuse de décourager sa clientèle. « De la même manière qu’un policier ne peut être en tenue et aller s’asseoir dans un maquis, c’est de cette même manière qu’un enfant en tenue d’école ne devrait pas aller s’asseoir dans un cyber, peu importe la raison, c’est ce qui est. Entre nous, un élève en kaki qui va au cyber au lieu de bosser ses cours lors des heures creuses, est-ce qu’il peut s’en sortir ? Moi personnellement, ça me gêne de voir un enfant en tenue scolaire et être assis dans un endroit autre qu’une salle de classe. Je n’arrive pas à comprendre cela » s’inquiète Alphonse Assi, enseignant dans un établissement privé. Il préconise que les parents exhortent leurs enfants à ne point aller au cyber lors des heures creuses. « Le système éducatif ivoirien est qu’un élève à au moins dix (10) matières à bosser. Aux heures creuses, il est préférable pour l’élève de réviser ses cours. Les derniers coups d’œil peuvent lui faire gagner quelques points lors des interrogations surprises » ajoute M. Assi en riant.
Selon lui, aucun enseignant sérieux ne peut donner aujourd’hui un exercice qui nécessite une recherche sur internet et vouloir le ramasser le même jour. « Dans bien de cas, on donne les exercices complexes sous la forme d’exercices de maison. Cela signifie que l’enfant doit traiter ses exercices depuis la maison. Même s’il doit aller au cyber, il faudrait que ce soit le cyber du quartier, et ce,après avoir informer les parents » ajoute l’enseignant.
A Cocody Deux-Plateaux, des élèves, à leur descente des cours se ruent vers le cyber café qui joute leur établissement. A les entendre parler, l’on ne croirait pas qu’ils sont élèves tant ils emploient des expressions « Nouchi ». Pis, certains après les cours s’adonnent à la cybercriminalité plus connue sous le nom de « broutage ». Cette situation met à mal leurs études. Parents, enseignants, éducateurs devraient sensibiliser les enfants quant à leur présence au cyber qui, si rien n’est fait, peut contribuer à leur échec scolaire.
Elvis GOUZA