Impact de la crise énergétique sur la production du ciment : La situation dans des usines au Port d'Abidjan ; la galère des camionneurs

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impact-de-la-crise-energetique-sur-la-production-du-ciment-la-situation-dans-des-usines-au-port-d-abidjan-la-galere-des-camionneurs La crise énergétique a contribué au renchérissement du prix de la tonne de ciment en Côte d'Ivoire. (Ph: DR)
Sujet du jour

Le rationnement de l'électricité a un impact considérable sur les entreprises industrielles en Côte d'Ivoire. Le secteur de la cimenterie n'échappe pas à cette situation. Dans le cadre du sujet du jour, Linfodrome est allé s'enquérir de la situation au Port d'Abidjan.

La crise énergétique a contribué au renchérissement du prix de la tonne de ciment en Côte d'Ivoire. Malgré les assurances du Gouvernement ivoirien concernant l'approvisionnement du marché, des difficultés persistent toujours. Mardi 18 mai 2021, Linfodrome a rendu visite aux entreprises de broyage de clinker installées au Port d'Abidjan, dans la commune de Treichville. Il est 13h30, lorsque le véhicule de reportage stationne devant l'usine de la Société des ciments d'Abidjan (SCA), fabricant du ciment Cuirasse.

Un camionneur accepte de répondre à nos questions, mais à la seule condition que son identité soit préservée. Ce dernier informe que par le passé, en l'espace de 2 heures de temps, leurs différents chargements sont faits et ils repartent aussitôt sur les chantiers de construction ou magasins de stockage. « Aujourd'hui, il faut attendre près d'une semaine pour avoir sa commande de ciment. Si tu n'as pas la chance, souvent même après une semaine, tu n'as toujours pas de chargement », mentionne notre interlocuteur. Il ne s'arrête pas là. Il souligne que pour rentrer à l'usine, c'est aussi une autre bataille. Il faut d'abord avoir son bon de commande comme passeport pour rentrer dans l'usine.

Toutes ces difficultés obligent les camionneurs à passer des nuits blanches au port d'Abidjan devant les usines. L'absence de parking de stationnement de leurs véhicules les exposent aux poseurs de sabots. D'autres préfèrent donc laisser leurs camions dans leurs quartiers respectifs, en attendant la sortie de leurs bons de commandes pour venir récupérer leur chargement.       

À 13h47, un camionneur qui venait de recevoir ses 20 tonnes de ciment s'empresse de quitter l'usine. Le fait est qu'aujourd'hui, même si un opérateur passe une commande de 100 tonnes de ciment, il recevra cette quantité demandée, mais par tranche de 20 tonnes, le soucis étant d'arriver à contenter pratiquement tout le monde. Ce qui n'était pas le cas dans un passé récent où on pouvait chargé jusqu'à 50 tonnes sur un seul camion et partir. Et même pour avoir les 20 tonnes de ciment, la priorité est donnée aux distributeurs qui ont leurs comptes à l'usine depuis près de deux ans.

Un autre camionneur rencontré devant les bureaux des commerciaux acceptent également de répondre à nos questions. Il informe que les usines travaillent par rationnement, c'est-à-dire un jour sur deux, voire trois. Il précise qu'actuellement, il y a du ciment, mais que c'est le prix qui fait défaut. « C'est nous-même qui fixons les prix en fonction de la demande sur le marché. Le Gouvernement a dit de vendre le ciment à 90 000 Fcfa la tonne, mais à l'usine, le prix a augmenté. Chaque distributeur fait donc son prix. Je vends mon ciment au prix que je veux », souligne ce dernier.

Un commercial accepte de nous communiquer le prix usine de la tonne de ciment pratiqué par des opérateurs. Il mentionne que la tonne de ciment Cuirasse qui était à 67 000 Fcfa est livré aujourd'hui à l'usine à 72 000 Fcfa. S'agissant de Cim Ivoire, le prix de la tonne de ciment à l'usine, toujours selon cette source, est passé de 65 000 Fcfa à 84 000 Fcfa.

Irène BATH

Encadré:

Saint-Martin-Tillet, DG LafargeHolcim Côte d'Ivoire : «… importer du ciment n’est pas une solution pour gérer la situation actuelle...»


Le Directeur général de LafargeHolcim Côte d'Ivoire, Saint-Martin-Tillet, présente l'impact de la crise énergétique sur leurs activités de production et dévoile leurs attentes des autorités ivoiriennes.



Présenter le fonctionnement de votre entreprise depuis la crise énergétique que vit la Côte d'Ivoire, avec pour corollaire, le rationnement de l'électricité.

Notre compagnie fait partie des 146 entreprises impactées par les perturbations électriques depuis fin avril 2021. Nous sommes rationnés en électricité selon le programme défini par la Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE), en discussion avec les organisations patronales. En conséquence de ce rationnement en électricité, nous travaillons à optimiser au mieux les temps de production afin de satisfaire le maximum de clients possible.


Quelles sont les quantités qui étaient produites journalièrement avant la crise, et les quantités produites actuellement ?

Ce que nous pouvons dire, c’est que le programme de rationnement qui a été mis en place nous a permis d’organiser notre production de manière à continuer d’alimenter le marché en ciment. Avec un effort supplémentaire dans l’allocation de l’énergie électrique, il sera possible de couvrir à suffisance les besoins du marché.


Avec cette limitation de la production, l'entreprise a-t-elle procédé à des licenciements ?

Nous avons dû réorganiser certaines prestations à cause du ralentissement de notre production. Maintenant cette situation reste provisoire, et nous restons à l’écoute des autorités pour un retour rapide à la normale.


Le gouvernement a fixé de nouveaux prix du ciment. Cela a-t-il été fait de concert avec les entreprises de broyage de clinker que vous êtes ? Qu'en est-il de l'application de ces prix sur le terrain ? Vos charges vous permettent de respecter ces prix ? 

La difficulté sur le terrain est le prix du ciment au niveau des revendeurs. Nous avons pris bonne note des actions annoncées par le ministère du Commerce et de l’Industrie afin d’en assurer le contrôle, comme le prévoit leurs prérogatives.


Quelle est la politique de travail avec vos commerciaux pour éviter que les prix aux camionneurs ne prennent pas l'ascenseur ? Parce que la conséquence, c'est le consommateur final qui paie un lourd tribut.

Comme énoncé plus haut, le ministère du Commerce et de l’Industrie a certainement un rôle plus direct à jouer dans le domaine du contrôle des prix sur le marché.


Avez-vous d'autres attentes des autorités ivoiriennes ?

Nous pouvons juste souhaiter que les perturbations actuelles soient bien sûr les plus brèves possibles, comme tout le monde.


Avec cette crise énergétique et la limitation de la production de ciment, ne doit-on pas craindre une inondation du marché ivoirien par du ciment de mauvaise qualité ?

Nous sommes convaincus qu’importer du ciment n’est pas une solution pour gérer la situation actuelle, qui reste temporaire. Une augmentation modérée de la fourniture actuelle en énergie électrique aidera certainement à combler la demande en ciment sans perturber le marché sur le long terme.

S’agissant de la qualité des produits chez LafargeHolcim Côte d’Ivoire, nous continuons de nous assurer que le ciment que nous livrons répond aux normes réglementaires, et satisfait les attentes de nos clients.


Propos recueillis par I.B.