Un seul sujet principal au menu de la revue de presse de ce vendredi 16 novembre 2012 : la dissolution du gouvernement. Les journaux, en fonction de leur obédience politique, tentent de clarifier, d’excuser ou de décrier la décision du Président Ouattara. Bonne lecture à tous !
Les raisons superficielles de la dissolution
« Dissolution du gouvernement, mercredi : pourquoi ? ». De par ce titre, Fraternité Matin veut expliquer la décision du chef de l’Etat en donnant la parole à des responsables politiques et civils. Le Secrétaire général par intérim du RDR, Amadou Soumahoro, a déclaré : « nous sommes totalement d’accord, en tant que démocrates, que tout projet de loi doit faire l’objet de débat, de discussion de tous les parlementaires, même ceux du RHDP. Mais une fois le débat terminé, le soutien au gouvernement doit se sentir par la solidarité entre les membres de l’alliance RHDP. C’est ce qui a fait défaut et ce sont les conséquences de cette situation que le Président a tirées ». Pour celui du PDCI, Djédjé Mady, « le président a un pouvoir discrétionnaire que lui confère la Constitution. Partant de ce principe, il a raison de dissoudre le gouvernement. En plus, il n’est pas tenu de faire connaître les raisons ». Quant à Hortense Yayi, elle dit « qu’il s’agit de l’expression d’un malaise au sein de la coalition gouvernementale… ». Nord Sud Quotidien évoque une autre raison. Selon lui, le Président Ouattara cherchait une occasion de se faire entendre une fois pour toutes sur le travail de son gouvernement. Il lui avait déjà reproché un manque de rythme à l’action gouvernementale. Le journal accuse aussi des cadres du PDCI qui, voulant se positionner après Bédié, mettent en péril "le vivre ensemble" de Ouattara au profit de leur désir de s’amasser beaucoup d’argent.
Les raisons souterraines de la dissolution
Les vraies raisons de la dissolution, L’Expression dit qu’elles se trouvent ailleurs. Selon lui, le code de la famille fait partie d’une série de lois internationales auxquelles la Côte d’Ivoire doit se conformer pour être éligible à certains financements. « Le vote de cette loi controversée devrait ouvrir les vannes de près de 500 milliards sur cinq ans aux caisses de l’Etat dans le cadre du Millenium Challenge Corporation (MCC) et aiderait à l’atteinte des objectifs du millénaire », dit le journal qui rappelle que le 5 juin 2012, au cours d’un séminaire, un expert américain du MCC avait expliqué que « le choix de la résidence du couple maison ne doit pas être un fait exclusif du mari ». La presse de l’opposition a trouvé d’autres raisons. A en croire Le Temps, c’est en prélude au combat que Ouattara veut mener contrer le FPI qu’il a agi ainsi afin d’amener ses alliés à soutenir toutes ses actions. Surtout le projet de loi sur la ratification du traité de création de la CPI qui ferait condamner Laurent Gbagbo, car il a peur que son prédécesseur soit libéré. En outre, il y a la loi de 1998 sur le foncier rural que le RDR avait taxée de xénophobe et que Ouattara veut faire amender, sachant que le PDCI tient à son application.
Conséquences de la dissolution
Sur la base des arguments avancés pour justifier la dissolution, Le Nouveau Réveil, proche du PDCI demande : « Qui a trahi qui au juste ? » Selon ce quotidien, le parti de Bédié n’a pas trahi Ouattara. Au contraire, les députés ont joué leur rôle en essayant d’enrichir le texte du gouvernement. La preuve, Djédjé Mady a relevé que « l’Assemblée nationale a joué le rôle qui est le sien. Si elle reçoit un texte, elle essaie de l’étudier et d’apporter une amélioration, en âme et conscience…Sous Houphouët, l’Assemblée nationale a refusé la double nationalité. Est-ce que cela a été un problème ? Et l’Assemblée nationale n’a pas le droit d’analyser un texte et d’apporter des améliorations ? Il n’y pas de manque de solidarité à ce niveau-là ». Et Bédié ne serait pas content de Ouattara, à en croire L’Inter. Il lui aurait dit par téléphone l’inopportunité de sa décision et surtout devant les arguments avancés. Ce, d’autant plus que la loi a été adoptée en commission. Pour Notre Voie, c’est la guerre que Ouattara a déclaré à Bédié qu’il n’a pas daigné consulter avant. C’est aussi une gifle à la France et à l’Onu qui voyaient en lui un démocrate par rapport à Gbagbo, puisque Ouattara démontre « qu’il est bel et bien un dictateur ». Ce que dit également Le Quotidien d’Abidjan. Il écrit que Ouattara franchit un nouveau pallier de la dictature à savoir : la négation de la séparation du pouvoir, et en montrant qu’il ne supporte pas du tout la contradiction, les critiques et les débats d’idées. Ce qui « est la règle des tyrans et des dictateurs », affirme t-il. Or Soro Guillaume, rappelle Soir Info, avait prévenu que l'Assemblée nationale qu'il préside qu'il s'engage « à lutter contre cette idée trop répandue qui voudrait que l'Assemblée nationale ne soit qu'une simple chambre d'enregistrement » du pouvoir.