Léopold Abrotchi écrivain et Ex-Délégué Régional à l´Implantation de Lider au Portugal réagit suite aux résultats du Brevet d´Étude du Premier Cycle (BEPC) de la session 2022 en Côte d´Ivoire.
Quel est votre sentiment suite aux résultats du BEPC de cette année 2022 ?
Merci pour l'opportunité que vous me donnez de pouvoir réagir suite à l´annonce des résultats du BEPC dans mon pays. Il s'agit du résultat de fin de cycle des élèves de la classe de 3è. Je constate que la majeure partie d'entre eux avait entre 14 et 16 ans, de même je fais remarquer que 71% ont lamentablement échoué à l'examen final du brevet cette année.
Depuis plus de 10 ans les Ivoiriens subissent le saccage de leur système éducatif
C'est un sentiment de grande déception qui m'anime à cette heure, et qui me fait prendre conscience de ce que le Chef de l'Etat Alassane Ouattara et son gouvernement accordent peu d'égard au capital humain ivoirien. Comme nous pouvons tous l'observer, la descente aux enfers de l´école ivoirienne sous M. Ouattara continue. La calamité éducative se poursuit. Depuis plus de 10 ans les Ivoiriens subissent le saccage de leur système éducatif imposé par la politique éducative du président Alassane Ouattara. 71% d'échec au BEPC en 2022. Le résultat non surprenant vient de tomber soit 397.750 élèves sur 547. 831 ont échoué après 10 ans d'apprentissage. Dix (10) années marquées par la gouvernance alassaniste.
Autrement dit, ces élèves ivoiriens ont commencé leur cursus scolaire (le Cycle Primaire - CP1) avec l'accession au pouvoir du Président Alassane Ouattara. M. Ouattara et son RHDP promettaient monts et merveilles aux Ivoiriens, ils annonçaient une gouvernance exceptionnelle, basée sur un programme étudié dans ses moindres détails et surtout chiffré. Sur toutes les chaines de télévision du monde, M. Ouattara clamait à qui voulait l'entendre, qu'il avait les solutions entre ses mains. Sur les plateaux télé, il traitait à demi-mots ses adversaires d'affabulateurs, de mauvais gouvernants, parlant du président Laurent Gbagbo. Trois (3) mandats consécutifs et le résultat frappant des solutions éducatives du chef de l'Etat ivoirien sont là, palpables et criantes, c'est la calamité éducative.
Ces élèves n'ont pas le niveau 3e encore moins les compétences en langues, mathématiques et autres disciplines
Sa politique éducative a instauré : Premièrement, le crétinnisme des futures générations d'Ivoiriens. Deuxièmement, l'oppression des syndicats d'enseignants, privant plusieurs de la totalité de leurs revenus, osant même geler les comptes bancaires de plusieurs enseignants. D'autres moins chanceux passeront un temps en prison, question de les rendre sages. Ces élèves n'ont pas le niveau 3è encore moins les compétences en langues, mathématiques et autres disciplines pour faire une classe de seconde. Bien évidemment, la Moyenne pondérée est une solution pour l'orientation en seconde avec nécessairement une Moyenne nationale d'orientation à 9/20. C'est la seule option pour sauver les meubles du programme calamiteux de gouvernance éducative du RHDP.
Que pensez-vous de la ministre de l'éducation nationale et de l'alphabétisation ?
Je n´ai rien à dire contre sa personne, Mme Mariatou Koné, une professeure dont le mérite est reconnu au niveau national et international, que je respecte. Cependant en tant que personnalité politique elle est ministre et cadre au RHDP, un parti dont elle défend bec et ongle le programme de gouvernement, ce qui est d´ailleurs normal. Corrélativement, cela suppose qu'elle est co-responsable du saccage éducationnel orchestré par son parti depuis dix (10) ans. Pour être plus clair, elle assume la mauvaise politique éducative de son parti, dont les fruits sont le taux très élevé d´échec dans les classes d´examen, les abandons et de déscolarisation.
Ces échecs sont les siennes en tant que première responsable de la gestion du système éducatif. La courbe du BEPC est en décroissance exponentielle au regard des résultats BEPC de 2015 à 2022 : en 2015 nous avions 58% ; en 2016 59% ; 60,08 % en 2017 ; 60,14% ; en 2019 57,31% ; 53,17% d’admis en 2020 ; 41% en 2021 et 2022 29 % d´admis. Il faut que cette calamité s'arrête au plus tôt, les Ivoiriens ne supportent plus ce désastre. Ils ne comprennent pas à quoi sert le budget de plus de 1000 Milliards de fcfa alloué au ministère du prof. Mariatou Koné. Pour l'heure vous et moi notons qu´elle est incapable d'apporter des solutions efficaces et durables à la détresse de l'école ivoirienne.
Que pensez-vous des EGENA (États Généraux de l'Éducation Nationale et de l’Alphabétisation) ?
L'objectif essentiel des états généraux de l'éducation nationale et de l'alphabétisation est de trouver des solutions efficaces pour résoudre tous les problèmes de l'éducation nationale, permettant par-là, à la Côte d'Ivoire de revenir au rang des pays ayant un système éducatif performant. Dès lors je peux dire que le but est noble, mais dans les faits, ce grand ménage est fait pour servir d'exutoire au RHDP et à son gouvernement qui ayant achevé la liquidation du système éducatif ivoirien, cherchent des co-auteurs pour se blanchir de leur odieux crime. Les assises des EGENA devaient durer 6 mois, pendant lesquels des audiences foraines se tiendront, où et comment? Un flou artistique. La question que nous nous posons est de savoir si dans votre village vous en avez entendu parler ou si vous en avez parlé ?
Une autre question qui me semble importante est, le coût des États Généraux de l'Education et de l'Alphabétisation
Dans la forme, il y a eu quelques assises avec des groupes focaux pour montrer que les populations ont été impliquées dans la réflexion sur l'Education Nationale. Dans le fond le RHDP a déjà ses résolutions et attend de faire le théâtre de remise de conclusion au Chef de l'Etat. Une autre question qui me semble importante est, le coût des États Généraux de l'Education et de l'Alphabétisation. A ce sujet c'est l'omerta comme dans toute la gestion de M. Ouattara. Or les contribuables ivoiriens attendent des réponses sur cette dépense également, savoir combien cela a coûté et comment cela a été financé. Toutes ces clarifications permettront aux Ivoiriens d'évaluer efficacement le résultat final dans la pratique, c'est-à-dire à la fin de chaque année scolaire. Rappelons que le 19 juillet 2022 cela fera 1 an et nous attendons toujours les résultats du EGENA. En attendant c'est le désastre éducatif.
Quelles propositions faites-vous pour reformer le système éducatif ivoirien ?
Nous avons plusieurs propositions dont certaines ont abondamment été égrainées, mais je vais évoquer ici quelques-unes d'entre elles.
- Il faut changer de gouvernement et de leadership en 2025. Le RHDP a échoué sur la question sociale, sur la question éducative, sur la question sécuritaire... L'ère Alassane Ouattara est passée voire même dépassée par les difficultés que vivent les ivoiriens et il nous laisse un désastre éducatif auquel nous devons très vite apporter des solutions concrètes. Tenez-vous bien, nous avons dépassé l'émergence alassaniste depuis 2020, mais l'école ivoirienne est abandonnée en plein naufrage. Même la colossale dette extérieure de plus de 20.000 Milliards de fcfa, jusqu´ici n'a pas servi à pas grande chose.
- Dans l'urgence il faut une grande réforme du système éducatif ivoirien. Il faut donc impérativement une alternative à la politique de destruction du système éducatif ivoirien, une alternative nouvelle pour reformer tout le système éducatif ivoirien en apportant des solutions à l'éducation de base mais aussi à l'éducation supérieure et la formation professionnelle et technique.
- Il faut relever le niveau de la ressource humaine éducative, à savoir les enseignants, en donnant un contenu académique ou universitaire à leur formation. Autrement dit faut exiger désormais une Licence en éducation pour les enseignants du primaire au collège et la maîtrise pour les enseignants de lycée. Par le basculement en LMD, nous résolvons le problème mauvaise qualité des formateurs.
- Il faudra revoir le contenu de l'offre pédagogique.
- Il faut revoir la ou les convention(s) collective(s) entre l'État et les syndicats du secteur pour geler sur au moins dix ans les grèves.
- Il faut continuer l'investissement dans le système éducatif ivoirien en mixant l'offre, c'est-à-dire proposer des établissements mixtes où enseignement général côtoie enseignement professionnel et ou technique afin de faciliter la bifurcation des élèves d'un modèle à un autre. Voilà quelques pistes de solutions pragmatiques.
- Il faut construire encore plus de nouvelles salles classes et mettre aux normes celles qui ne le sont pas, et bien évidemment il faut les équiper pour mettre les élèves dans les conditions idoines pour apprendre et acquérir les compétences qui les rendront compétitifs au niveau continental et international.
- Elargir à 18 ans l’âge à l´obligation de scolarisation.